Des élections qui filtrent et qui divisent

Je souhaite écrire sur la question de la gouvernance démocratique. Avant cela, il me semble nécessaire de faire une critique des élections, que nous associons, selon moi à tort, à la pratique démocratique.

Une élection peut être, tout d'abord, un moyen subtil de filtrer les dirigeants. Dans les modalités de nombre d'élections, il y a un ensemble de contraintes juridiques et médiatiques qui font que les candidats véritablement capables de l'emporter disposent tous de réseaux d'influence, de temps, et de moyens financiers qui leur ont permis de progressivement lever toutes les barrières. Au cours de ce filtrage, il est alors possible de s'assurer que les candidats ne remettront pas fondamentalement en cause les intérêts d'une minorité déjà au pouvoir.

En second lieu, les élections impliquent un affrontement entre divers camps. Lors de la campagne électorale, les positions vont se radicaliser, les tensions s'exacerber, et les divisions se creuser. Les élections contribuent alors à une montée de la violence, qu'elle soit psychologique, symbolique, ou physique1. L'élection est aussi un processus lourd, souvent douloureux, qui demande du temps, des moyens, et l'implication de nombreuses personnes. Ceci a pour conséquence qu'il est d'autant plus difficile de démettre un élu et que ce dernier dispose alors d'un fort sentiment d'impunité.

Troisièmement, le fait de devoir mobiliser un groupe spécifique de personnes pour accéder au pouvoir peut conduire au clientélisme. Une fois en responsabilité, il s'agira bien souvent de continuer à favoriser ce groupe, afin d'espérer une réelection. Cela n'encourage pas une pensée globale qui intègrerait tous les gouvernés. Ceci d'autant plus que la dynamique qui accompagne une victoire électorale peut conduire à un sentiment de toute-puissance. Les dirigeants du groupe élu vont considérer que, du fait de leur victoire, ils sont légitimes pour imposer leur décision aux perdants. L'élection conduit alors à une forme de dictature du groupe le plus majoritaire.

Enfin, l'élection, sous l'apparence de choix qu'elle offre, peut aussi amener à limiter la pensée. Sous prétexte qu'un camp adverse X a choisi de mettre en avant telle idée, même si le dirigeant du camp Y pense que l'idée n'est pas si mauvaise, par tactique, pour bien marquer sa différence et pour souder son camp, il pourrait choisir de la rejeter.

Pour conclure, mon point de vue est que l'élection est une pratique tout à fait critiquable, qui divise plutôt qu'elle ne rassemble, qui ne créé pas les conditions d'un débat intelligent, et qui, par le filtrage qu'elle implique, ne conduit pas à un véritable fonctionnement démocratique.

1. En RDC, deux morts à Lubumbashi lors de violences pré-électorales, 2018, Le Monde (lien)

Date de création : 12 décembre 2018
Retourner à la liste