Georges Gouriten
Les méfaits de la compétition

Dans les derniers articles, j'ai critiqué notre modèle social sous l'angle des inégalités et de la méritocratie. Pour compléter cette démarche critique, je vais me pencher sur la question de la compétition.

La compétitivité est une notion omniprésente dans l'espace social. L'individu doit être compétitif pour trouver sa place sur le marché du travail. L'entreprise doit être compétitive pour continuer à vivre et se développer. La nation doit être compétitive pour exister sur le plan international. Etc. Derrière toutes ces injonctions, il se cache une idéologie bien précise, celle du néolibéralisme.

La thèse du néolibéralisme est que la meilleure manière d'organiser la vie collective passe par la mise en compétition des individus et des organisations. Cette compétition permettrait, d'une part, de stimuler l'activité de tous, donc de produire plus de richesses ; d'autre part, de distribuer la valeur de manière juste en récompensant les plus vertueux. En réalité, la mise en pratique de cette idéologie a de nombreux effets néfastes.

En premier lieu, la compétition s'accompagne d'une culture du secret qui est en contradiction directe avec la culture démocratique. Sous prétexte de ne pas avantager la concurrence, le secret est jalousement gardé et les conditions exactes de l'activité des compétiteurs sont dissimulées. L'opacité qui en découle conduit bien souvent à des pratiques contraires à l'éthique, ainsi qu'à des attaques violentes envers les lanceurs d'alerte. Les scandales touchant aux conditions de la production industrielle ou à des activités étatiques répréhensibles, par exemple, sont directement liés à l'opacité et à l'absence de regard critique.

Deuxièmement, la compétition ne conduit pas nécessairement à une activité de qualité. La valeur d'un individu ou d'une organisation n'est pas liée à des critères absolus, mais à des critères relatifs. Pour réussir, il ne s'agit pas d'être bon ou de bien faire les choses, mais de faire mieux que les autres. Si tous les acteurs font mal leur travail, il sera tout de même possible de prospérer, simplement en faisant moins pire que les autres. La compétition sur le seul critère du prix, par exemple, conduit généralement à une dégradation importante de la qualité du travail.

De plus, la compétition a un coût important. S'il y a compétition, il n'y a pas mutualisation. Il y a donc des redondances et des gaspillages. Deux entreprises qui fabriquent, par exemple, des téléphones vont devoir chacune développer leurs propres technologies plutôt que de les mettre en commun. En réalité, les acteurs ont intérêt à se rassembler pour faire des économies d'échelle et vont naturellement être portés à le faire. Dans le cadre néolibéral, c'est artificiellement et coûteusement que les fusions sont empêchées et qu'est créée la concurrence.

La compétition est aussi incompatible avec la planification. Elle génère de l'instabilité car les acteurs les meilleurs un jour peuvent devenir les moins bons un autre jour. Elle conduit donc à de la précarité et des logiques d'optimisation sur le court terme. Elle rend très difficile une planification rationnelle et dans le temps long, pourtant souhaitable en ce qui concerne l'écologie ou le plein emploi. Ce phénomène est manifeste lorsque l'on observe la fluctuation des marchés financiers ou la prégnance du chômage.

Enfin, de manière générale, la compétition conduit les individus et les organisations à prendre l'habitude de privilégier leurs intérêts sur celui des autres. Elle contribue donc à renforcer l'égoïsme, au détriment de l'altruisme. Une pratique de la compétition trop poussée va à l'encontre du développement du sens de l'intérêt général et de la capacité à coopérer.

Pour toutes ces raisons, j'ai la conviction que la compétition est un mauvais moyen d'organiser la vie sociale. Je vais, dans ce blog, développer des propositions alternatives : coopérer plutôt que combattre, développer le sens de l'intérêt général et la fierté du travail bien fait plutôt que la peur du déclassement, planifier plutôt que laisser faire.

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