Un cadre pour la coopération

Comme je l'ai expliqué dans un article précédent, je ne crois pas que la compétition généralisée soit bénéfique. Je pense qu'il faut revenir sur la manière dont nous l'avons banalisée dans l'espace social, y compris en ce qui concerne les relations interpersonnelles. Pour cela, je propose de définir un cadre pour une éthique de la coopération au sein d'une entreprise, d'une institution publique, d'une organisation sociale en général.

En préambule, il est nécessaire de mentionner qu'un certain nombre d'éléments structurels propres à l'organisation faciliteront ou non une éthique de la coopération. Il est par exemple préférable qu'une personne active au sein de l'organisation ait un rôle dont le périmètre est clairement défini et une confiance dans la capacité qu'elle va avoir à évoluer au sein de l'organisation. Cette question rejoint celle de la gouvernance démocratique. Dans un contexte clair, démocratique, et juste, il est plus facile d'être disposé à coopérer.

Ceci étant dit, un cadre aussi clair, démocratique, et juste soit-il n'est pas forcément suffisant. Certaines mauvaises habitudes peuvent se développer malgré tout. Pour éviter cela, il est possible de s'appuyer sur un certain nombre de principes pour éviter les rivalités et favoriser la coopération.

Le respect des engagements pris

Pour une atmosphère de coopération et pour que de la confiance puisse s'instaurer, chacun doit se comporter en adulte responsable. Lorsqu'un engagement est pris, il s'agit donc de l'honorer. Si c'est un engagement difficile à tenir, mieux vaut négocier avant de le prendre et éventuellement le refuser, plutôt que de dire oui et de trahir sa parole ensuite. Il s'agit aussi de définir précisément les engagements qui sont pris (contenu, quantité, date, …).

La capacité à débattre sereinement

Au sein de tout collectif, il est sain que des débats aient lieu. Tout le monde n'a pas nécessairement le même avis et les opinions diverses doivent pouvoir s'exprimer. Pour que les débats se tiennent dans de bonnes conditions, il est nécessaire de s'assurer de plusieurs choses. D'une part, l'espace du débat doit être délimité. Les débats ne peuvent se tenir incessamment et ils doivent avoir une fin. Dès le début, il est donc indispensable de clarifier la manière dont le débat sera conclu, par exemple par la responsabilisation d'un mandataire qui prendra la décision finale. D'autre part, il faut s'assurer que les divergences d'opinions ne donnent pas lieu à du ressentiment. Ce n'est pas parce qu'il y a différence qu'il doit y avoir animosité. C'est à chacun de se montrer tolérant au sein du collectif.

Le respect de la hiérarchie

La hiérarchie permet de structurer la prise de décision et organiser l'action collective de manière efficace. Le refus de reconnaître l'existence d'une hiérarchie dans l'organisation du pouvoir conduit généralement, au contraire, à des rivalités fortes. Pour la coopération, il doit y avoir une hiérarchie clairement établie où chacun accepte la subordination qui est la sienne et s'y conforme. Je ne pense pas que la hiérarchie soit contre l'égalité, à partir du moment où il s'opère une rotation réelle au sein de cette hiérarchie.

Le respect de l'autonomie

La hiérarchie peut cependant devenir abusive, par exemple lorsqu'un supérieur hiérarchique ne laisse aucune marge de manœuvre au subordonné. Pour éviter cela, il s'agit de penser l'autonomie des échelons inférieurs. D'une part, en amont de la prise de décision, lorsque cela est possible, un dialogue avec les échelons inférieurs doit se tenir. D'autre part, dans le cadre de la subordination, des grandes lignes peuvent être tracées mais les détails sont laissés à l'appréciation des échelons inférieurs.

Des périmètres bien définis

Au delà de l'acceptation de la subordination, il s'agit aussi de ne pas marcher sur les plate-bandes des autres. Pour cela, il est donc nécessaire de définir précisément les espaces d'activité et de décision de chacun, et que les périmètres soient respectés.

Des sanctions pour les comportements néfastes

Enfin, il s'agit de ne pas avoir une vision naïve des rapports humains. Certaines personnalités se forgent avec de mauvaises habitudes et celles-ci peuvent être profondément ancrées. Il s'agit en conséquent d'être capable de les remettre en question et de mettre en place des processus de signalement et de sanction pour lutter effectivement contre les attitudes néfastes : le harcèlement, le sexisme, le racisme, la discrimination, le dénigrement, la mauvaise foi, etc.

Date de création : 20 décembre 2018
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