Un État central

L'article précédent m'a permis d'introduire l'idée d'une égalité dans l'organisation du travail sur la base d'une mobilité par le tirage au sort. Avant de discuter plus précisément de cette question et de celle de la distribution des richesses, je vais me pencher sur la question cruciale de l'État, qui a le potentiel, selon moi, de devenir le garant d'une liberté pour tous qui ne se fasse pas au dépend des autres, l'organisateur d'un juste équilibre entre liberté et égalité.

Notre société se caractérise par l'existence d'une multiplicité d'organisations entretenant différents types de rapports entre eux. Il y a les entreprises, mises en concurrence sur des marchés ; les acteurs semi-publics (associations d'intérêt général, entreprises d'État, …), qui participent au service public mais ne font pas entièrement partie de l'État ; et les acteurs publics, directement sous contrôle de l'État. Cette division en trois catégories est une vision simplifiée. En pratique, il y a des acteurs qui se situent à des niveaux intermédiaires et des passerelles entre les activités publiques et privées.

Je pense que la distinction secteur public secteur privé est une distinction tout à fait discutable et qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre tous ces acteurs. Chacun d'entre eux contribue à la bonne marche de la société, dans son domaine d'expertise. Les entreprises du plastique produisent du plastique, les hôpitaux produisent des services de soin, les écoles produisent des services d'éducation, etc.. Bien entendu, ce n'est pas le même savoir-faire, mais il s'agit toujours de produire des biens et des services pour la société, y compris les biens exportés qui permettent l'importation d'autres biens en retour.

Le projet néolibéral consiste à développer une concurrence toujours plus rude entre les individus et les organisations. Cette concurrence entraîne nombre de problèmes, et en particulier, elle empêche la possibilité de coopérer intelligemment. Il me semble qu'il est temps de changer de perspective. En prenant pleinement conscience de l'interdépendance des acteurs et de la nature collective d'un projet de société, il est tout à fait possible d'imaginer rassembler l'ensemble de ces organisations. L'État pourrait en constituer la matrice. Il deviendrait l'institution centrale de la vie sociale, qui articulerait les différentes échelles et les différents secteurs d'activités.

Un tel choix ouvrirait bien des possibles. La vie sociale et les territoires pourraient ne plus être mus par une décision élitiste, majoritairement issue de l'affrontement des intérêts privés, mais par un intérêt général en action, gouverné par des processus véritablement démocratiques. L'État pourrait être le garant de l'organisation juste du travail et de la bonne répartition des richesses. Chaque travailleur serait au service, non plus d'une entreprise X ou Y, mais du bien commun. Il deviendrait possible de bien répartir les richesses, de planifier l'économie et le plein emploi, d'organiser la mobilité sociale, ou de s'engager pleinement dans la transition écologique. La thèse centrale du projet égalitariste que je développe est que, dans les bonnes conditions, cet État est possible. Parmi ces conditions, il y a celle de l'utilisation du tirage au sort, comme nous avons commencé à l'évoquer dans l'article précédent.

Date de création : 06 décembre 2018
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