Un revenu égal

Dans les derniers articles, j'ai tâché de tracer les contours d'un projet d'égalité dans l'organisation du travail, dans le cadre d'un État central qui permettrait la planification de l'économie ainsi que la répartition des postes sur la base d'un tirage au sort. Pour compléter cette réflexion, je vais faire des propositions pour un partage tout aussi égalitaire des richesses. Je vais commencer par m'intéresser à la question du revenu.

Il y a aujourd'hui des écarts de revenus importants. Certains, sous prétexte d'occuper un poste clé ou du fait de la taille du capital dont ils disposent, sont rémunérés des sommes gigantesques. Parfois, ce sont de petits écarts qui contribuent à un climat de rivalité entre les travailleurs. Il y a aussi ceux qui étudient, qui sont retraités, ou qui sont en incapacité de travailler, et qui peuvent se retrouver avec très peu de moyens. Pour rappel, il est estimé1 en Europe que les 10% les mieux payés captent 37% du revenu et les 50% les moins bien payés, 22%. Une personne dans les 10% gagne en moyenne 8,4 fois plus qu'une autre dans les 50%. Et encore, ce sont des moyennes qui ne prennent pas forcément en compte la réalité des rémunérations des plus riches, lesquels ont divers moyens de dissimuler des revenus (paradis fiscaux, sociétés écrans, …).

Les écarts de revenus contribuent à renforcer la hiérarchie sociale, à désolidariser la société, à mettre la pression sur les plus pauvres, et à renforcer la position dominante des plus riches. Il me semble souhaitable de changer de logique pour se placer dans une véritable perspective d'égalité entre les citoyens, en instaurant de nouveaux principes pour la rémunération de tous les travailleurs, des étudiants, des retraités, et de ceux qui ne peuvent pas travailler. Voici ceux qui me semblent justes. Le salaire de base serait le même pour tous. La durée du travail pour un temps complet serait ajustée en fonction de la pénibilité du travail et éventuellement de la situation individuelle de la personne (vieillesse, maladie, handicap, charge parentale, …). Les retraités, les étudiant, et les personnes en incapacité de travailler (maladie, handicap lourd, …) recevraient le même salaire de base. Les parents toucheraient un complément de salaire en fonction de leur charge parentale.

Une telle répartition s'accompagnerait d'une responsabilisation de l'individu et de mécanismes de contrôle pour s'assurer que chacun occupe véritablement la place qui est la sienne ; par exemple, que la personne ne triche pas sur son état de santé ou que l'étudiant est bien en train d'étudier. L'idée générale serait que, si la personne est honnête et qu'elle se consacre véritablement à la tâche qui lui a été attribuée, en fonction de sa situation individuelle, elle serait justifiée à recevoir la même rémunération que tous les autres, qui font de même. Seuls les parents toucheraient un peu plus pour couvrir les frais que la charge d'un ou plusieurs enfants engendre. Il n'y aurait pas de classement à établir entre un étudiant où une personne expérimentée occupant un poste à responsabilité. Il s'agirait simplement de personnes à des étapes différentes de leur vie, qui remplissent des fonctions qui leur correspondent à ce moment. Je pense que ces principes permettraient de sortir des logiques de classement entre les individus et aux rivalités qu'elles induisent, de revenir à des logiques simples de répartition du revenu, et de contribuer à faire réellement advenir l'égalité entre les citoyens.

1. Rapport sur les inégalités mondiales, 2018, World Inequality Lab (lien)

Date de création : 10 décembre 2018
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